La sant, hors de prix

Le pouvoir d'achat du patient ne cesse d'tre
grignot. Dremboursement de mdicaments au nom d'un service mdical
rendu insuffisant, instauration de franchises mdicales,
multiplication des dpassements d'honoraires des mdecins libraux
pour "compenser", disent-ils, l'insuffisance de leur revalorisation
tarifaire, et enfin menace sur le remboursement des frais
d'optique... la part des dpenses de sant paye par l'assur social
grossit inlassablement.

Parmi tous ces paramtres qui psent sur le budget sant des Franais,
les dpassements d'honoraires reprsentent un poste bien plus lourd
que les nouvelles franchises. Il y a un an, le 23 avril 2007,
l'inspection gnrale des affaires sociales remettait au ministre de
la sant un rapport dressant un constat svre des pratiques de
dpassements d'honoraires rclams par les mdecins  leurs patients.

Exemples : pour le port d'une prothse de hanche, 72 % des patients
doivent payer de leur poche en moyenne 225 euros  l'hpital public,
et 454 euros dans une clinique prive. Pour une opration de la
cataracte, 71 % doivent dbourser en moyenne 91 euros dans le public
et 200 euros dans le priv. Sans compter les dpassements dans les
cabinets mdicaux en ville lors des consultations. Constatant que ces
dpassements, qui ont augment "de plus de 40 % en dix ans en valeur
relle", sont devenus "une pratique majoritaire chez les spcialistes"
et ont reprsent 2 milliards d'euros sur un total de 19 milliards
d'honoraires, l'IGAS concluait : "Cette pratique est devenue un
obstacle  l'accs aux soins."

Un an plus tard, les discours des responsables politiques affirmant
qu'il est ncessaire de revoir ce systme ne manquent pas. "Il faut
s'attaquer aux dpassements d'honoraires, a affirm  plusieurs
reprises la ministre de la sant, Roselyne Bachelot, parce qu'ils
constituent un problme majeur d'accs aux soins." Le 6 fvrier,
Nicolas Sarkozy demandait que les tats gnraux de la sant puissent
dboucher sur des mesures de "rgulation des dpassements
d'honoraires".

Tout le monde a une complmentaire sant, rtorqueront les plus
optimistes. Malheureusement, cela ne suffit plus. Si 85 % des Franais
sont couverts par une mutuelle ou une assurance complmentaire, la
prise en charge des dpassements d'honoraires n'est ni gnrale ni
illimite et varie considrablement suivant les contrats
souscrits. Une rcente tude de l'Union nationale des organismes
d'assurance-maladie complmentaire (Unocam) montre que 40 % des
personnes disposant d'une couverture complmentaire ne sont pas du
tout rembourses des dpassements et que seulement 20 % bnficient
d'une prise en charge entre 100 % et 120 %. En 2005, sur la totalit
des honoraires mdicaux, la Scurit sociale en a pris en charge 71 %,
les complmentaires sant 18 % les mnages 9 % et l'Etat 2 %
(CMU). "La tendance rcente est marque par une limitation de la prise
en charge des dpassements", souligne l'Unocam.

Le gouvernement dit s'inquiter de ces drives mais il n'a pris aucune
mesure concrte. Mme l'obligation faite aux mdecins d'informer
pralablement par crit le patient sur les tarifs pratiqus n'est
toujours pas applique. Cette dcision, qualifie de "mesure
vexatoire" par certains syndicats, apparat comme le minimum. Mais le
ministre de la sant est incapable de fournir une date de publication
de l'arrt qui fixera le seuil  partir duquel cette information sera
"obligatoire". La loi a pourtant t vote en dcembre 2007.

Cette question des dpassements d'honoraires est une vieille histoire
charge de non-dits. Dj, en 1992, Claude Braud, mdecin-conseil de
la Caisse nationale d'assurance-maladie, s'en prenait aux
"dpassements excessifs". Pourquoi le dossier trane-t-il ?
Prosaquement, parce qu'il ne change rien aux comptes de la
Scu. Pays par les complmentaires sant et les patients, les
dpassements ne sont pas une source d'conomies potentielles pour
l'assurance-maladie. Cette dernire exerce peu de contrles et encore
moins de sanctions contre les praticiens indlicats. Quant aux
patients, ils n'osent pas porter plainte. De plus, les dpassements
sont lgaux et autoriss. Mais le fameux "tact et mesure" dont sont
censs faire preuve les mdecins n'a pas de dfinition lgislative ou
rglementaire.



La Suisse n'aime pas la famille et les enfants

Un dbat qui doit imprativement s'ouvrir

La famille et les enfants sont les grands oublis de la protection
sociale. La dernire publication de l'Office fdral de la statistique
constate que le poids de l'aide  la famille et aux enfants a
fortement diminu. En 1970, ce poste reprsentait 8,1% des dpenses
sociales pour descendre  4,9% en 2006. Le mme Office nous indique,
dans sa statistique sur le mouvement de la population, un dficit des
naissances de Suisses qui ne compensent pas les dcs et que cette
volution ngative est, pour les trois premiers mois de cette anne,
compens par une plus forte natalit des rsidents trangers.
L'absence de politique nataliste serait, en quelque sorte, corrige
par une gnreuse politique migratoire. Cette argumentation ne
convainc pas le professeur genevois Philippe Wanner. Dans sa
contribution  l'ouvrage collectif Les nouveaux dfis de l'Etat
social, il affirme que les migrations ne sont qu'une solution
provisoire au dfi dmographique car les nouveaux venus proviennent
maintenant de rgions  faible fcondit.

Ouvrir le robinet des aides et subventions diverses ne multiplie pas
miraculeusement les naissances. Mais on constate que les pays
scandinaves, qui conduisent une vigoureuse politique familiale, ont
une fertilit nettement suprieure  celle de l'Allemagne qui, comme
la Suisse, estime qui la fcondit appartient au domaine de la vie
prive. Le vieillissement de la population pose de grands dfis 
l'Etat social. Investir dans la famille et les enfants est un bon
moyen pour y rpondre. Cette ide fait du chemin dans plusieurs ttes
politiques. Mais la course aux conomies budgtaires et le gel des
dpenses sociales restent une ralit dominante. Ce ne sont pas
quelques dizaines de francs mensuels d'allocations familiales qui vont
provoquer une naissance de plus. Le dsir d'avoir un enfant ne se
rsume pas  une affaire financire. Mais une enqute suisse sur les
familles ralise il y a plus de dix ans montre que, pour la majorit
des femmes, la difficult de concilier les activits familiale et
professionnelle et le cot des enfants taient un obstacle  la
procration.

Une politique nataliste impose donc une vision sur la dure. La
ncessaire augmentation des dpenses sociales dans le prsent
n'exercera son effet bnfique sur les recettes qu' long terme. Les
nouveaux-ns ne cotiseront pas aux rgimes sociaux avant 20 ou 25
ans. Cette politique doit aussi rechercher l'efficacit sans a priori
idologique. On pourrait, par exemple, s'inspirer des allocations
progressives  la franaise qui favorisent les familles
nombreuses. Les dductions pour frais de garde des enfants et autres
avantages fiscaux peuvent tre trs incitatifs. Il ne faudrait pas
renoncer  de telles mesures gnralises sous prtexte que les
familles aises n'ont pas besoin d'aide. Il y a aussi les mesures qui
ne cotent gure si ce n'est l'abandon de certaines habitudes, comme
l'amnagement des horaires scolaires. Une meilleure fcondit
rsultera galement du calcul rationnel des entreprises. Elles
recruteront ou conserveront plus facilement de bonnes collaboratrices
' ou collaborateurs ' en leur offrant des crches pour leurs enfants.



Le coup de bluff du lobby nuclaire

CLIMAT ? Le risque d'accident majeur s'est accru au cours des 20
dernires annes. L'nergie nuclaire est en perte de
vitesse. L'establishment politico-financier, lui, roule pour les
grosses centrales avec l'alibi du climat.

Ce n'est pas un coup du lobby nuclaire mais ce dernier utilise  fond
l'argument pour ressusciter une technologie moribonde. Il n'y a pas
plus de rserves d'uranium que de ptrole bon march. En outre, le
problme des dchets n'est rsolu que sur le papier. Je dirais mme
qu'il est probablement insoluble. Et puis les centrales nuclaires
n'offrent pas une scurit absolue. Intressante est la polmique
souleve en France aprs l'arrestation du porte-parole de
l'association Sortir du nuclaire. Cette personne a publi un
document frapp du sceau confidentiel montrant que les nouveaux
racteurs europens  eau pressurise, dont les autorits affirment
qu'ils sont indestructibles, sont aussi vulnrables aux attentats que
les anciennes centrales. En fait, le risque d'accident majeur s'est
mme accru au cours des vingt dernires annes.

Pourquoi?  Parce que,  l'poque, il y avait moins de folie. Depuis
les attentats du 11 septembre, on ne peut plus rien exclure. Pourtant
beaucoup de choses ont chang qui permettraient de se passer du
nuclaire. Les progrs techniques ont t considrables dans le
domaine de l'efficacit nergtique et des nergies
renouvelables. Celles-ci se sont dveloppes  un point qu'elles
pourraient remplacer le non-renouvelable. La question tant de savoir
si ces mmes nergies renouvelables arriveront  s'imposer. Le lobby
nuclaire est trs puissant, il utilise des moyens considrables, il
s'assure l'appui des administrations et des gouvernements.

Mme en Suisse?  Et comment! Avant d'entrer au Conseil fdral,
M. Couchepin n'tait-il pas le vice-prsident d'Elektrowatt? Avant de
faire partie du gouvernement, Mme Leuthard ne sigeait-elle pas au
conseil d'administration d'une centrale nuclaire? Tout
l'establishment politico-financier helvtique est favorable au choix
des grosses centrales centralises plutt qu'aux dcentralises. Mais
il ne veut pas en assumer tous les cots. L'assurance en
responsabilit civile est limite  un montant ridicule, compte tenu
des centaines de milliards en jeu, en cas d'accident majeur. Si les
promoteurs des centrales devaient payer la gestion des dchets pour
les 10 000 prochaines annes ainsi que les frais d'assurance, ils
renonceraient, car le prix du kwh serait trop lev. La responsabilit
du lobby s'achve le jour o l'on place le bouchon sur le dpt de
dchets nuclaires. Aprs, c'est  la collectivit de se dbrouiller.

Antinuclaire de la premire heure, vous tes aussi membre de la
Commission de l'nergie, de l'environnement et de l'amnagement du
territoire. Un bon promontoire?  Je ne crois pas trahir de secret en
observant que l'UDC s'oppose systmatiquement aux propositions qui
concernent l'nergie renouvelable, ce qui prouve une fois de plus
qu'elle ne dfend pas les intrts de la paysannerie suisse. En face,
les socialistes et les verts jouent  fond la carte du renouvelable et
les radicaux et les dmocrates-chrtiens tergiversent. J'espre
nanmoins qu'ils finiront par raliser que l'efficacit nergtique et
les renouvelables constituent un atout considrable pour l'conomie
suisse. Une partie des milliards de francs qui partent en fume chaque
anne pour acheter l'nergie fossile pourraient tre investis dans la
rnovation et la construction de btiments moins gourmands en nergie.

Reste que 27 centrales sont en construction dans le monde. 136 sont
projetes...  Oui, mais combien d'autres vont tre arrtes? Le bilan
est  peine positif. Il n'est que de voir qu'en 2006, l'accroissement
de la production d'lectricit d'origine nuclaire ne reprsentait que
la production d'une centrale nuclaire. Le lobby fait beaucoup de pub
pour des centrales en bout de vie. Il fait le forcing car le temps
joue contre lui. Alors que le nuclaire arrive  peine  se maintenir,
paralllement, la production de renouvelable progresse. La mme anne,
l'augmentation de la production de courant olien, par exemple,
quivalait  quatre centrales nuclaires dont une rien qu'en
Allemagne.

Sera-ce suffisant pour satisfaire la consommation,  terme? On prvoit
que dans 25 ans, elle aura doubl.  Cette prvision se base sur une
augmentation de la consommation de 2% par an. On ne peut pas continuer
comme a. Il est totalement utopique de penser que l'on doublera la
production des barrages, du nuclaire, du gaz ou du ptrole. Aprs 50
ans d'efforts, le nuclaire ne reprsente que 2,1% de l'nergie
produite dans le monde. Il faut donc arrter de gaspiller et
dvelopper les nergies renouvelables.

Admettons que la Suisse revoie sa politique nuclaire. Pourrait-elle
agir isolment?  Toute proportion garde, la Suisse figure parmi les
nations les plus nuclarises. L'Autriche s'en passe, l'Allemagne
envisage de sortir du nuclaire. En France, il est vrai, la situation
est toute diffrente. Le groupe EDF emploie 2000 politiciens qui font
la promotion du nuclaire. L'actuel patron du FMI, Dominique
Strauss-Kahn est l'un d'eux. Le prsident Sarkozy profite de chacun de
ses voyages pour vendre du nuclaire. Ce pays aura une lourde
responsabilit en cas d'accident ou de guerre nuclaire. Car le
changement climatique fragilise le nuclaire. Il n'y aura pas assez
d'eau pour refroidir les centrales. Fin 1999 dj, pendant la tempte
Lothar, la France a frl l'accident nuclaire majeur  Blaye. La
moiti des pompes du circuit ont t inondes.




